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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 17:19

« Si le despotisme venait à s’établir chez les nations démocratiques de nos
jours, écrit ainsi Tocqueville, il serait plus étendu et plus doux, et il
dégraderait les hommes sans les tourmenter. » Dès lors, il imagine cette
« chose nouvelle » que serait ce despotisme inconnu, né d’une société dont
chacun des membres serait « comme étranger à la destinée de tous les
autres », n’existant « qu’en lui-même et pour lui seul », perdu dans « une
foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur
eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils
remplissent leur âme ».

Cette dépossession démocratique à l’abri d’un vernis démocratique verrait
l’ascension, au-dessus de ceux qu’il gouverne, d’« un pouvoir immense et
tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur
leur sort ». Ce pouvoir-là « ne brise pas les volontés, mais il les amollit,
les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans
cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne
tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et
il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides
et industrieux, dont le gouvernement est le berger ».

« J’ai toujours cru, conclut Tocqueville, que cette sorte de servitude,
réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se
combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures
de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre
même de la souveraineté du peuple. » Et de laisser tomber cette sentence
définitive qui rejoint nos inquiétudes contemporaines : « Dans ce système,
les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître,
et y rentrent. » Nul hasard sans doute si cette alarme, trop longtemps
oubliée, fut prise au sérieux et souvent citée par Pierre Mendès France, le
plus entêté des républicains français dans le refus de la personnalisation
du pouvoir induite par la Cinquième République – « Choisir un homme, fût-il
le meilleur, au lieu de choisir une politique, c’est abdiquer. »

Réfléchissant en 1976 à la question du pouvoir, Mendès France s’inquiétait
du possible avènement d’une « situation de despotisme de fait » conduisant
« insensiblement à cette “tyrannie douce” dont parlait Tocqueville » (cf.
Pierre Mendès France, La vérité guidait leurs pas, Gallimard, coll.
« Témoins », 1976). « Appelés au gouvernement, expliquait-il, certains
peuvent être tentés de transformer une mission conditionnelle et révocable
en une sorte de délégation permanente : se croyant et se disant investis
d’une grande mission, persuadés qu’ils font mieux que l’adversaire, ils
peuvent chercher à conserver le pouvoir en abusant d’une propagande
unilatérale, en exploitant le charisme d’un chef, les mythes, les peurs et
les craintes, le chauvinisme et le racisme, l’égoïsme de classe, les
promesses de la démagogie. »

 

Merci Bernard " association ESPOIR COLMAR"

 

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  • Le blog de Franck JEHANNO
  • : Ma famille est Spinassienne depuis quatre générations, je vis à EPINAY SUR SEINE depuis toujours. Webmaster et collaborateur de Gilbert BONNEMAISON de 2001 à ses derniers jours. Ce blog est un outil qui me donnera les moyens de soulever quelques problématiques concernant ma ville qui me tiennent à cœur.
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